Municipales : des programmes « blanc bonnet » dans les grandes villes ?

Municipales : des programmes « blanc bonnet » dans les grandes villes ?

Appel du magazine Marianne : Pour une vigilance républicaine

(Extrait du site Marianne2.fr)

Lundi 18 Février 2008 - 00:04
Anna Borrel et Pauline Delassus

 

A part à Neuilly, on peut difficilement dire que la campagne municipale soulève l'enthousiasme des foules. Serait-ce parce que, dans les grandes villes, les programmes se ressemblent étrangement ?

A Lille, on cherche le silence

 

A Lille, on cherche le silence
A la fin de l'année 2007, les stratèges sarkozystes ont diffusé l'idée que le scrutin des élections municipales serait politisé, voire nationalisé. Il s'agissait alors de mettre en difficulté un PS plus à l'aise sur le front local qu'au plan national. A quelques semaines du scrutin municipal, le ton a changé et on nous répète aujourd'hui que la campagne n'est pas nationale. Les fameux « enjeux locaux » tiendraient donc le haut du pavé. Pourtant, à lire les brochures des candidats dans les grandes villes, on finit quelquefois par mélanger les propositions des prétendants de droite, de gauche ou du centre. Et pour cause ! Sur de nombreux points, la convergence fait rage. Manque d'imagination ou pragmatisme ? Une chose est sûre, les similitudes ne facilitent pas le choix des électeurs.

Le cas classique ? Un problème grave se pose aux administrés, par exemple, à Paris, le prix, devenu inabordable, des logements. Qu'un candidat ose fuir la difficulté et il va à l'abattoir. Pour autant, il n'existe pas trente mille solutions. Du coup, les programmes se transforment en guerre des chiffres. Côté Delanoë, on promet 27 000 logements neufs, contre seulement 24 000 pour Panafieu. Quant à Marielle de Sarnez, elle s'embarque dans une équation plus compliquée en assurant la création de « 25% de logements avec des loyers plafonnés à 16€/m2/mois tout en maintenant les avantages du dispositif fiscal Borloo ancien »… Pas sûr que les électeurs suivent tout, mais l'idée y est. Evidemment, chacun propose de faire jouer des leviers différents : l'accession à la propriété par des prêts de 50 000 euros à taux zéro pour de Panafieu, des cautions locatives assurées par la mairie pour Delanoë. Mais le public visé reste le même : les classes moyennes inquiètes de ne pas pouvoir rester dans la capitale, faute de revenus suffisants.

Savez-vous parler bobos ?
« Dans les centres-villes, comme à Paris ou à Bordeaux, la gauche vise l'électorat « bobo » et doit donc tenir des discours très consensuels », analyse Jacques Donzelot, sociologue spécialiste des questions urbaines et directeur de la collection « La Ville en débat », aux éditions des PUF. « Pour se démarquer, la droite tente donc de se rabattre sur les classes intermédiaires, les artisans et les commerçants. Mais en réalité, les programmes ne jouent pas un rôle considérable. » Il n'y a d'ailleurs pas que sur le logement que les débats se dissolvent dans la surenchère. A l'autre bout de l'Hexagone, Jean-Claude Gaudin s'en est aperçu depuis que son challenger socialiste Jean-Noël Guérini a exhumé le problème, réel, du ramassage des ordures. En déclarant la guerre au « fini-parti » - idiome marseillais qui pointe le laxisme des éboueurs - Guérini a pris une longueur d'avance que le « mieux nettoyer » de Gaudin peine à rattraper… Loin derrière, Jean-Luc Benhamias, l'écologiste du Modem, a raté la marche, et son score s'en ressent dans les enquêtes d'opinion.

A Lyon, bientôt des coulées vertes

A Lyon, bientôt des coulées vertes
Luxe, calme et coulées vertes
Pourtant, l'écologie, voilà encore un thème qu'on retrouve dans toutes les brochures. L'environnement, la qualité de vie, autant de nouveaux concepts qui sont devenus incontournables. Mais là aussi, difficile de distinguer propositions de droite et de gauche. A Lyon, quand Gérard Collomb promet une « coulée verte » du Parc de la tête d'or au futur parc Sergent Blandan, Dominique Perben tente d'aller plus loin avec son « jardin sans fin » qui s'étendrait de la rue Garibaldi aux quais de Saône. A Toulouse, le socialiste Pierre Cohen promet d'aménager des espaces verts sur les bords de la Garonne, exactement comme… Jean-Luc Moudenc, son concurrent de l'UMP. A Paris, Delanoë propose 30 hectares d'espaces verts nouveaux et Panafieu… aussi ! Enfin, à Lille, où le bruit est une vraie nuisance, Martine Aubry et son challenger UMP Sébastien Huyghe ont eu la même idée : réaliser une cartographie du bruit et lutter contre les nuisances sonores. Ca et là, on voit apparaître quelques mots nouveaux qui font florès. Les « jardins naturels » fleurissent dans chaque projet. Les « pistes cyclables » se démultiplient sur le papier, en concurrence avec les futures lignes de tramways et les Autolib'. « Parfois, le ton employé est différent selon la couche sociale à laquelle le candidat s'adresse, mais le contenu ne diffère pas explicitement », remarque d'ailleurs Jacques Donzelot. Bref, la mélodie peut varier, mais les paroles restent les mêmes…

Une campagne forcément nationale
Et même lorsqu'il s'agit de l'emploi, thème peu mis en avant dans cette campagne municipale mais néanmoins essentiel, les candidats peinent à échapper aux terminologies en vogue. La « zone franche » séduit aussi bien les candidats UMP et PS à Lille, à Lyon, qu'à Paris ou Marseille. A Paris, on a en plus un petit faible pour les « pépinières » d'emplois de plusieurs milliers de mètres carrés, tandis qu'à Lyon on préfère les « technopoles de pointe ». Gérard Collomb comme Dominique Perben vantent aussi les mérites de la « city » qui se dessine déjà dans le quartier de la Part-Dieu… Des projets ambitieux et forcément excellents pour faire ainsi l'unanimité... Mais l'électeur dans tout ça ? A l'heure du choix, lui reste-t-il quelque argument rationnel pour appuyer son vote ? « La campagne reste locale dans les communes de moins de trois mille habitants, mais elle se nationalise par défaut d'enjeux urbains clairs dans les grandes agglomérations, décrypte Jacques Donzelot. Le scrutin se jouera donc en fonction des satisfactions ou des frustrations des électeurs par rapport aux réformes du gouvernement et de la personnalité des candidats. » Comme quoi, il ne suffit pas de décréter que la campagne sera nationale ou locale pour que cela soit. Une seule consolation : forts d'une telle harmonie avant le scrutin, les conseillers municipaux n'auront sans doute aucun mal à gouverner ensemble !

 

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